Pour la première fois, les « joyeux mirauds » partaient en avion pour l’Andalousie.
Le dimanche 20 mai, nous nous sommes retrouvés à l’aéroport Charles-de-Gaulle aux alentours de 8 heures avec tout de suite une amorce de bonne humeur grâce à Pascal, l’un des deux organisateurs et Jean-Claude, qui par son contact facile et direct, a pu nous mettre rapidement en contact les uns avec les autres. Nous étions donc douze non ou malvoyants et cinq accompagnateurs. Nous avons juste une petite frayeur avant de pouvoir nous diriger vers la salle d’embarquement, l’un des cinq guides ne nous trouvaient pas ! Mais, finalement, nous avons pu tous embarquer avant le départ du vol prévu pour 10 heures 30. Une fois arrivé à Malaga, nous avons été accueillis par Carole, notre guide qui nous suivra pendant toute la semaine pour les différentes excursions. Par sa simplicité, sa disponibilité et son amour pour l’Andalousie qu’elle a adoptée, elle a su nous faire partager et nous faire ressentir par ses descriptions et ses commentaires les contrées traversées avec l’autocar. Elle a su nous mettre à l’aise et se mettre à l’aise avec un groupe tel que celui des « joyeux mirauds », elle y associait le chauffeur dès qu’on en changeait pendant la semaine si bien qu’il ne manquait jamais la salutation de règle de notre groupe gai : « hola José, hola Rafael, hola Pépé un diminutif espagnol de José» pour bien lui signifier qu’il venait de nous être présentés par ses soins.
Ainsi, pendant la semaine, nous avons fait quatres excursions à savoir : l’Alhambra à Grenade, les Alpujarras, la visite d’Almuñecar où nous résidions et la vallée tropicale. Nous étions dans un hôtel bien adapté dans le sens où il n’était pas trop grand et où il était relativement possible de se retrouver sans que ce ne soit un casse-tête pour les accompagnateurs pour les allers et venues entre les chambres, la piscine et le bar-restaurant.
Après deux heures de route par autocar, nous sommes arrivés à Grenade où nous avons d’abord visité le vieux quartier musulman appelé L'Albaicín. Ce sont essentiellement de vieilles maisons typiques de cette époque avec toute une grille en ferronnerie. A cette époque, il ne fallait pas montrer la richesse dans les maisons d’où peu d’ouverture. Il semblerait qu’elle ait un jardin de plus ou moins grande dimension. La guide n’a jamais pu entrer dans l’une d’entre elle. Ce sont de petites rues étroites souvent pentues où il faut parfois descendre ou monter des escaliers de pierres.
Après cette visite de ce quartier typique, nous nous sommes restaurés pour être prêt à parcourir jardins et palais de l’Alhambra qui est l’un des joyaux de l’Andalousie autrefois musulmane. Des palais qui avaient chacun leurs fonctions (justice, harem du roi de l’époque…). De hauts plafonds, beaucoup de stuc sur les murs et de mosaïques. En ce qui me concerne, j’ai beaucoup mieux apprécié les jardins où l’on pouvait sentir les plantes et les fleurs encore peu odorantes à cette époque mais où, pour une fois j’ai envie d’écrire, un autre sens que l’ouïe pouvait être sollicité. Car somme toute, même si l’on a un guide qui sera le meilleur descripteur du monde, on ne pourra que se faire une pâle idée de la réalité qui nous entoure qui est époustouflante en terme de réalisation architecturale. Tout le labeur qui a dû être réalisé par des artistes, des maçons, des tailleurs de pierres, la précision nécessaire pour orner les murs de motifs en stuc qu’il faut préalablement fabriquer (poudre de marbre malaxé…). Certains aveugles tardifs ont vraisemblablement pu davantage apprécier ces lieux qu’ils ont pu « revoir » autrefois grâce aux descriptions des accompagnateurs et de la guide spécialisée de l’Alhambra.
A cette occasion, et à bien d’autre, j’ai pu constater que nous, les non-voyants de toujours ou d’un moment peuvent ressentir et apprécier bien différemment ce genre de visite. Pour certains dont j’étais, une après-midi de descriptions est inévitablement ponctuée de décrochages qui pouvaient se ponctuer par quelques distractions fugaces comme un oiseau, un éclat de rire, un commentaire de-ci de-là.
Sous la pluie, nous sommes partis pour les Alpujarras dès le matin d’un autre jour pour une journée. Les Alpujarras sont une région montagneuse de la Sierra nevada. Des routes tortueuses comme on peut en avoir en France dans les Alpes, les Pyrénées ou l’Auvergne. Un environnement pas trop sec contrairement à ce que l’on pourrait penser. Notre chauffeur, Pépé, n’a pas hésité à s’arrêter plusieurs fois malgré la difficulté de conduire un autocar sur ce type de route, pour nous couper différentes branches ou fruits pour que nous puissions les toucher. Nous sommes arrivés pour visiter un séchoir à jambon le secadero réputé en Andalousie et au-delà en Espagne. Chaque producteur peut ainsi y confier ses jambons pour un séchage d’un an et demi à deux ans selon la taille des jambons. Ce fut évidemment l’occasion pour nous vendre de nombreux produits locaux qui n’avaient pas tous un lien avec l’activité de cette maison : miel, figues séchées, fromages de chèvre ou de brebis.
Ensuite, nous avons été emmenés dans un restaurant typique où nous avons pu manger un repas gastronomique espagnol excellent contre toute attente. Il s’agissait d’un repas plutôt montagnard avec de la charcuterie et une sorte de truffade. Ensuite, nous avons esquissé quelques pas dehors sous un temps mitigé jusqu’à une fontaine miraculeuse générée et fréquentée par de nombreux pèlerins espagnols mais l’heure du départ arriva vite alors nous dûmes reprendre le chemin du retour.
Je pourrais encore vous décrire par le menu ou presque les autres excursions mais cela me paraît quelque peu fastidieux. Alors, je pourrais vous parler maintenant de notre groupe en vacance en Andalousie.
Comme je vous l’ai déjà écrit, nous étions au total 17 dont 12 non ou malvoyants. Nous avons formé un groupe plutôt joyeux, donc, avons tenu la réputation de notre association. Nous étions un certain nombre à venir pour la première fois non sans appréhension : se retrouver en groupe avec le cumul du « handicap » groupe plus cécité mais finalement, je dois dire, puisque j’en faisais partie, que je garderai un bon souvenir de ce séjour et qu’il m’a même redonner un peu de baume au cœur grâce à la compagnie de personnes accompagnatrices véritablement généreuses et dévouées qui étaient toujours prêtes à répondre à nos attentes dans la mesure de leurs possibilités mais au-delà de l’ordinaire ! Elles ont su être à la fois présentes et discrètes, attentives mais pas maternantes, étant prêtes sans cesse à remettre en question leur façon de faire. Elles avaient le sens du partenariat donc nous avons pu échanger ensemble, nous étions pas là pour simplement recevoir leur bon vouloir. Je crois que c’est important de souligner cet état de fait car ce fut une expérience unique et rare. J’irai jusqu’à écrire que nous-mêmes, qui attendons parfois beaucoup des voyants, devons nous poser la question de savoir si nous en ferions autant à notre niveau. Je me pose la question, je n’y répondrai pas pour les autres bien sûr.
En tout cas, cette expérience avec « les Joyeux Mirauds », je la souhaite bonne et profitable à de nouveaux candidats pour de prochaines vacances vers une destination connue ou encore inconnue.
Eric ROCHE
Pour continuer à consulter notre site, cliquez sur le lien ci-dessous pour fermer cette fenêtre !
Fermer cette fenêtre.